SORTIE DU CHEF DE BOKO HARAM : L’acte de contrition de Shekau ?

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SORTIE DU CHEF DE BOKO HARAM : L’acte de contrition de Shekau ?

~Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram, dans une nouvelle vidéo, conteste à nouveau la décision d’éviction de l’Etat islamique (EI) prise à son encontre. Par la même occasion, il définit une nouvelle ligne d’actions qui infléchit sa position vis-à-vis de « ses frères musulmans » qu’il promet de ne plus combattre, mais qui intensifie son action à l’international. Il profère ainsi des menaces à l’encontre du Nigeria, des Etats-Unis, de la France et de l’Allemagne. Cette sortie d’Abubakar Shekau qui, en première lecture, pourrait paraître comme un acte de défiance vis-à-vis du califat de Al-Baghdadi, apparaît plutôt comme un acte de contrition à l’EI dont certains membres l’accusent d’être un leader trop radical et extrémiste, responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes depuis 2009, des musulmans dans leur immense majorité. Plus que tout autre chose, la nouvelle orientation que celui qui se présente toujours comme «l’imam du groupe Boko Haram au Nigeria et dans le monde entier », donne à son mouvement, est un acte d’humanisation intéressé pour rentrer dans les bonnes grâces de Daesh. Et pour faire acte de repentance, il prend désormais à bras-le-corps le combat international de l’EI dont il promet de faire une responsabilité personnelle. C’est pourquoi la guéguerre au sein du groupe Boko Haram, loin de la nouvelle réjouissante de l’affaiblissement d’un groupe djihadiste miné de l’intérieur par des querelles byzantines, est plutôt un couteau à double tranchant. D’une part, elle peut déboucher sur une radicalisation des deux tendances rivales dont l’antagonisme peut s’exprimer dans une nouvelle mare de sang au Nigeria et dans les pays voisins, et d’autre part, dans l’hypothèse où Abubakar Shekau serait effectivement désavoué, cette guéguerre annonce la résurgence des forces du mal autour d’une nouvelle tête de pont. Quoi qu’il en soit, la décision de l’EI aura eu pour effet de réveiller le monstre qui s’était évanoui dans son antre de la forêt de Sambissa. Cette opération de com., pour un leader qui était en mal de publicité, lui donne l’opportunité de démontrer au monde qu’il n’est pas encore fini, même si certains signes ne trompent pas sur son état réel de santé et d’esprit.

La communauté internationale doit prendre des mesures pour ne pas se laisser surprendre

Les fanfaronnades et le ton sarcastique dont l’homme était coutumier, semblent relever d’une autre époque, si fait que cette sortie ressemble aux derniers soubresauts d’une bête en râle de mort. En effet, Shekau ressemble à un homme de plus en plus seul, désavoué à l’interne comme à l’externe. On peut dès lors douter de ses capacités à exporter son djihad à l’international comme il le prétend. En tout cas, on serait bien tenté de croire que c’est le dernier combat ou le combat de trop. Une sagesse bien comme de chez nous dit que « quand l’envie prend la fourmi de s’égarer, elle s’empare d’une feuille de haricot » qui, par son envergure, lui barre la vue. On se demande alors quelles peuvent être les chances de succès d’un Shekau sur une scène aussi vaste, sans hommes et sans logistique. Cela dit, « le lion, même mort, fait peur» et il faut prendre au sérieux l’avertissement sans frais pour l’instant, qu’il adresse au monde entier. La communauté internationale qu’il met désormais dans son viseur, se doit de prendre des mesures pour ne pas se laisser surprendre. Dans un dernier coup d’éclat ou dans un acte de désespoir qui, d’ailleurs, constitue le propre de bien des terroristes, l’homme peut vouloir marquer de façon fracassante son passage à la postérité.

SAHO, Le Pays

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