L’instruction : un vaccin et un remède efficace contre la crise centrafricaine

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L’instruction : un vaccin et un remède efficace contre la crise centrafricaine

~Après le cadre familial, l’école joue un rôle très important dans la vie de l’être humain. C’est un milieu idéal où un enfant est préparé à assumer sa responsabilité à travers l’enseignement du travail aussi bien manuel qu’intellectuel. Nul ne peut aujourd’hui nier le rôle déterminant de l’instruction dans le processus du développement. A mon avis, le manque d’instruction est aujourd’hui l’une des principales causes du sous-développement des pays africains. Un pays dont les populations sont mentalement sous-développées, est logiquement un pays sous-développé. Le sous-développement mental est un réel écueil au processus du développement économique. C’est dire que chaque pays est à l’image de son peuple Cela m’amène naturellement à dire sans ambages que l’état actuel de la République Centrafricaine, autrement dit, son sous-développement économique est sans conteste, la résultante d’un sous-développement mental du peuple centrafricain dans son intégralité.

Tout ce que nous subissons aujourd’hui se justifie par le fait que la masse des Centrafricains manquent d’instruction. En effet, une population non instruite est une population complexée, vulnérable et toujours encline à tous genres de machinations. C’est justement ce dont le peuple centrafricain est victime aujourd’hui. On l’a manipulé en utilisant la religion pour le diviser. Malheureusement pour lui, il est tombé dans le piège. Simplement parce que l’instruction est toujours bafouée dans ce pays. La question du développement mental du Centrafricain n’a jamais été une préoccupation. Quel dommage ! Aujourd’hui, si l’on fait un petit tour dans les autres Etats africains qui aspirent réellement au développement, force sera de constater que les dirigeants de ces pays ne ménagent aucun effort pour créer des conditions visant à rendre l’éducation accessible à tous leurs ressortissants sans distinction aucune de race, de rang social, du genre ou de religion. Dans ces pays comme ailleurs dans les pays dits développés, l’éducation est un droit fondamental que l’Etat a l’obligation de garantir à chaque citoyen. Hélas, en Centrafrique, le constat est acerbe : l’instruction reste et demeure un «LUXE» dont jouit seulement un groupuscule de « personnes privilégiées ».

Un très grand nombre d’enfants et de jeunes Centrafricains sont encore privés de l’instruction même élémentaire. Pis encore, ceux qui ont eu la « chance d’étudier » si je peux me permettre le terme, manquent de l’éducation convenable par laquelle sont cultivées certaines valeurs telles culte de travail, sens de la responsabilité, esprit de patriotisme, justice, conscience professionnelle etc. qui devraient normalement leur permettre de prendre en mains leur destinée et de se faire une place dans le concert des Nations développées. En effet, la RCA est l’un des rares pays au monde, pour ne pas dire le seul où l’éducation est reléguée au second plan. L’enseignement supérieur n’existe pratiquement pas. Sur toute l’étendue du territoire (623 000 km²), nous n’avons qu’une seule université construite depuis 1979 alors qu’ailleurs, dans les autres pays africains, même dans la sous-région, les universités pullulent. Quelle exécration ! Apparemment nos dirigeants et leurs complices le font sciemment pour maintenir le peuple dans l’ignorance afin de le manipuler à volonté. Chaque équipe qui arrive au pouvoir continue avec la même politique. Franchement, c’est très écœurant et c’est une « honte nationale » : cela doit nous révolter, car c’est un sérieux handicap pour le développement. Le développement est d’abord mental avant d’être économique. Et si on n’est pas mentalement développé, on ne peut non plus oser parler du développement économique. Ce dernier est tributaire du premier. Il est grand temps de prendre cette problématique au sérieux. Le peuple Centrafricain doit savoir qu’avant d’aspirer au développement économique, il doit avant tout résoudre le problème du sous-développement mental. Il faut qu’il devienne responsable et décide de prendre en charge des décisions relatives à son devenir. Les solutions efficaces et durables à ses maux ne viendront ni des puissances occidentales ni de l’ONU, encore moins des organisations africaines sous régionales. Il doit être à même de canaliser son développement en prenant des décisions conformes à ses réalités. Il lui faut redécouvrir que l’être humain se réalise par sa capacité de se saisir et d’insuffler un mouvement de responsabilité à sa vie.

L’homme existe quand il accomplit ce qui lui permet de transcender le quotidien et de promouvoir sa personne et sa société toute entière. Autant, l’Etat doit impérativement rendre l’enseignement primaire obligatoire, généraliser l’enseignement secondaire, et construire d’autres universités pour promouvoir l’enseignement supérieur ; motiver les bailleurs nationaux à investir dans ce secteur. Cependant, il ne suffit pas seulement de créer des écoles, encore faut-il que la qualité y soit. Alors, il faut veiller à la formation continuelle des enseignants et préparer la relève. Il faut également extirper, par tous les moyens, notamment par une dénonciation courageuse et franche, les habitudes affreuses du favoritisme à motivations claniques ou sentimentales dans l’attribution des notes, dans l’admission aux examens et concours nationaux. Le commerce des épreuves d’examens officiels doit être aussi réprimé avec dernière rigueur. Car de tels agissements ne peuvent que pervertir la jeunesse et l’entretenir dans l’irresponsabilité. En effet, une jeunesse bien éduquée et bien instruite constitue une énorme potentialité pour le développement de son pays dès lors que l’on admet tous que la jeunesse est l’avenir du pays. Le président BOGANDA l’avait vite compris. C’est pourquoi, il s’insurgeait contre la qualité de l’école durant l’époque coloniale. S’adressant à l’autorité de l’époque, il disait :«Au lieu d’inculper à notre peuple la conscience professionnelle, au lieu de lui apprendre ses droits et ses obligations vis-à-vis du pays et de la société, vous avez préféré nous maintenir dans l’ignorance, de nous faire travailler à coups de chicottes, comme des bêtes de somme…» Ainsi, pour le Président BOGANDA, l’éducation est d’une importance capitale dans la vie de l’homme. C’est un facteur clé de la dignité humaine. Selon sa vision des choses, qui est d’ailleurs universelle, l’homme a des besoins à satisfaire, un but à atteindre et des aspirations à faire épanouir.

En cherchant à réaliser cela, il accomplit en même temps ses devoirs. Il n’atteindra cette double finalité que par la culture de son esprit et le développement de ses facultés qui le rendent mieux à même de comprendre les problèmes de son existence et les mystères de la vie, en d’autres termes de devenir véritablement responsable. Notre président visionnaire voit dans l’éducation une symbiose de trois composantes : morale, intellectuelle et sociale. A ce propos, il dira : « par éducation bien comprise, j’entends celle dans laquelle l’élément intellectuel, l’élément politico-social et l’élément moral ou religieux s’enchevêtrent pour rendre les hommes plus susceptibles de répondre pleinement à leur vocation propre et aux exigences du monde. ». L’éducation apparait ainsi comme la clé de voûte pour tout épanouissement humain. La situation actuelle exige ipso facto qu’on donne à l’éducation une nouvelle valeur, une nouvelle orientation afin qu’elle forme de nouveaux types de Centrafricains qui sont capables de connaitre les vraies valeurs humaines, de les assimiler et qui s’insèrent harmonieusement et totalement dans la mouvance et la dynamique du peuple. Seule l’éducation nous permettra de prendre l’envol. Si l’engagement ou la participation pour bâtir notre pays est un devoir, nous devons affirmer, avec la même détermination et conviction, que c’est un droit légitime dont on ne peut exclure personne. On doit donc favoriser le droit de participation responsable des citoyens et leurs diverses organisations dans la vie de la nation. Pour récapituler, je dirais que si le peuple centrafricain veut réellement mettre fin à ces querelles fratricides et saugrenues qui l’ont plongé dans cette crise interminable, s’il veut réellement faire de son pays une Nation développée, il est impérieux de mettre en place une politique visant à la fois la promotion intellectuelle et matérielle de ses composants, c'est-à- dire promouvoir leur développement intégral. Ceux qui nous dirigent doivent faire de l’éducation une urgence.

Le fondement du développement économique demeure la valorisation de la responsabilité et de l’initiative individuelle et donc l’éducation. Nous devons nous armer de sciences jusqu’aux dents, pour paraphraser ainsi le Professeur Cheikh Anta Diop, afin d’être au rendez-vous du troisième millénaire. Tous ensembles, nous devons avoir la claire conscience qu’un sous-développement mental est une peste qui nous ronge et qui ne fait que nous maintenir dans la dépendance économique. Et une dépendance économique prolongée nous mènera, à terme, à l’érosion de notre indépendance politique. Nous sommes les seuls responsables de notre destin. Pour que les solutions à nos maux ne continuent pas à être totalement prises en charge par les puissances occidentales ou par les organisations sous régionales qui nous dictent leur loi, nous qui «avons eu la chance d’être instruits », nous devons aider les autres, c'est-à-dire la masse, à s’instruire afin qu’ensemble nous travaillions à ce que le pays génère davantage un personnel politique alternatif, pour répondre, de façon tout à fait crédible et durable, aux exigences d’une bonne gouvernance, d’une bonne administration, d’un bon développement et d’une bonne démocratie sans violence.

Julien Junior KOVOCKOUA Juriste, Spécialiste en Passation des Marchés.

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