Centrafrique : ACFPE dans la tourmente suite au limogeage du DG J.P. Douzima

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L’histoire retiendra que le 21 Septembre 2018, pourtant décrété par les nations Unies «journée internationale de la paix » et célébrée à grande pompe même à Bangui, a été pour le personnel de l’Agence centrafricaine pour la formation professionnelle et de l’emploi (ACFPE) et ses usagers, une journée de tristesse, de désolation, de scandale et d’incompréhension. Le personnel était surpris de voir les gendarmes investir les lieux du travail, obligeant le syndicat du personnel a exigé l’ouverture des portes et des services avant 10 h pour permettre à l’agence de fonctionner. Et comme rien ne se passait, le personnel dans sa majorité s’est mis en chômage forcé et en congé. Combien de temps ce chômage va encore durer ?

Entre temps, l’on apprendra qu’un décret du Président de la République a rapporté les dispositions d’un autre décret portant nomination du Directeur Général de l’ACFPE, monsieur Jean Pierre Douzima, sur rapport du Ministre de tutelle, monsieur Jean Christophe Nguiza, insistant sur la limite d’âge de son départ à la retraite alors que celui-ci vient, la semaine dernière, d’être installé dans ses nouvelles fonctions de Secrétaire général de l’Association Africaine des Services publics d’Emplois, à Yaoundé. Dans tous les cas, son départ est un acte normal dans le fonctionnement d’une administration qui se veut sérieuse même si par le passé, le Conseil a voulu reconduire le Dg de l’ACFPE jusqu’à la fin d’un programme.

Dans la foulée, le Ministère de tutelle a cru nécessaire de prendre un arrêté pour nommer un intérimaire sans se référer au Conseil d’Administration, ni au Contrôle général du secteur. Il s’agit d’un membre de son cabinet assumant encore une fonction de responsabilité au niveau du Ministère. Ce qui a poussé le Conseil d’Administration d’informer le Ministre de tutelle sur son intention de tenir une session extraordinaire du conseil, le 21 septembre 2018 pour plancher sur la situation. Au lieu de répondre au Conseil d’Administration comme le veut la procédure, l’autorité de tutelle opte pour une démonstration en faisant intervenir ipso facto la gendarmerie pour empêcher cette session. La conséquence est que presque tous les bureaux sont fermés, les services sont bloqués. Est-ce sur ordre du Procureur avec mandat comme cela se fait dans un Etat de droit, l’on ne saura le dire car les gendarmes disent c’est sur ordre, on a reçu des ordres.

C’est à cela que des langues se sont déliées dans ce tohu-bohu orchestré par un membre du Gouvernement dans un Département hautement stratégique. Pour certains, la tutelle est pressée de prendre sa revanche car il en voulait depuis longtemps à un Dg trop dur et trop têtu. Pour d’autres, c’est normal que le Président de la République tranche en républicain sur le principe de départ à la retraite. Cependant la tutelle en a profité pour parvenir à sa stratégie en faisant nommer très rapidement un membre de son cabinet, de surcroît Inspecteur central en fonction, dans un organisme sous tutelle qui aura désormais deux salaires. Un acte sans visa des services techniques compétents et qui aurait tout l’air de mentionner des irrégularités flagrantes que le Tribunal administratif ne tardera pas d’annuler s’il est saisi. Il y a forcément conflit d’intérêt et que diront les partenaires financiers, le Contrôle Général du Secteur parapublic et le pauvre Premier Ministre qui assume tout, qui essaie tant bien que mal de corriger les travers imprévisibles de certains de ses membres et jusqu’à quand ? Entretemps, l’ACFPE regorge plusieurs cadres de valeur qui pourraient bien assurer cet intérim. La colère a monté d’un cran et on lance pèle mêle dans la foule que cette tutelle-là exagère, la même immixtion se ressent au niveau de la CNSS où on l’a fait intervenir, pour soi-disant, installer des panneaux solaires au cabinet alors que ces bureaux sont la propriété de l’ACFPE et à quoi sert le budget d’investissement de l’Etat.

Selon un cadre de l’ACFPE qui a voulu requérir l’anonymat « le comportement de la tutelle est digne d’une gouvernance paranoïaque. Car comment comprendre que la même tutelle qui indique la passation de service entre le Dg sortant et le Dg entrant, le 24 septembre 2018, puisse empêcher les services de préparer cette passation. Entre temps tous les programmes de formation continue ont été perturbés, les usagers ne peuvent pas accéder aux services. Les services de recouvrement ne peuvent pas se mouvoir. C’est du jamais vu dans l’histoire de Département ». Un jeune diplômé chômeur que nous avons rencontré a lâché « je suis venu très tôt m’enregistrer et me faire délivrer une carte de demandeur d’emploi pour la recherche d’emploi lorsque les gendarmes m’ont intimé l’ordre de quitter les lieux. Je pensais à crime qui s’est produit sur les lieux ».

Les prochains jours ne risquent-ils pas de nous réserver d’autres spectacles de ce genre.

 

Par : Fred Krocck, CNC.

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