DE LA VIOLENCE LEGITIME POUR ROMPRE AVEC LA VIOLENCE ILLEGITIME EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE Par ALAIN LAMESSI

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Alain LAMESSI

Pas plus tard qu’hier matin, je lisais avec beaucoup d’intérêt la Déclaration sur les Droits des peuples à la paix approuvée par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies dans sa résolution 39/11 du 12 novembre 1984. Si cette belle déclaration proclame solennellement que les peuples de la terre ont un droit sacré à la paix, elle déclare tout aussi solennellement que préserver le droit des peuples à la paix et promouvoir la réalisation de ce droit constituent une obligation fondamentale de chaque Etat. Malheureusement l’Etat centrafricain, plus que jamais fragilisé par plusieurs années de guerre civile et sans le moindre moyen financier, logistique et militaire n’est en mesure ni de préserver au peuple centrafricain le droit à la paix ni de promouvoir la réalisation de ce droit. De toute évidence, la raison d’être de la MINUSCA, c’est de suppléer l’Etat failli de la République centrafricain pour apporter la paix à notre peuple. Tout le monde s’attendait que ce grand « machin » disposant des moyens colossaux puisse se substituer au Gouvernement centrafricain pour éradiquer le mal à la racine. Il n’en est rien.

Or au fur et à mesure que le temps passe, rien ne semble plus arrêter les forces du mal à user et abuser de la violence illégitime pour assouvir leur dessein : assassiner, égorger, violer, incendier des villages entiers, voler des bétails, etc. Elles agissent au vu et au su de tous et en toute impunité. Elles agissent, tels des matadors sans être inquiétées. Aucune stratégie ni aucune ébauche d’action n’est envisagée pour stopper cette cavalcade meurtrière. Le scénario du pire est à envisager à tout moment.

Dans son livre Le savant et le politique, Max Weber, sociologue et économiste allemand du XXème S. soutient que seul l’Etat peut détenir le monopole de l’usage légitime de la force physique. Dès lors que les citoyens d’un pays confient leur destin collectif à l’Etat, celui-ci a le devoir suprême de leur procurer la sécurité. Or il n’y a pas de sécurité sans force pour l’imposer. S’il n’y avait qu’un seul rôle reconnu à l’Etat régalien, c’est bien celui de procurer la sécurité au citoyen.

La sécurité n’est pas sui generis. Elle est toujours le résultat d’une construction, c’est à dire d’une volonté politique et des actions réfléchies et mises en œuvre selon des séquences programmées à l’avance.

Pour Nelson MANDELA « le seul moyen d’avancer et de résoudre les problèmes est parfois d’utiliser la force lorsque les méthodes pacifistes deviennent inadaptées ». Ici le vieux révolutionnaire pacifiste dans l’âme se démarque clairement de Matma GANDHI qui prône la non- violence inconditionnelle. A la fin de sa vie, le père de la Nation Arc-en-ciel nous propose quelques tactiques de de lutte révolutionnaire dans son livre écrit en prison « Les moyens employés par les opprimés pour faire progresser leurs causes sont déterminés par les oppresseurs. Quand l’oppresseur emploie des méthodes pacifiques, alors les opprimés l’imitent ; mais quand il a recours à la force, les opprimés eux-aussi doivent recourir à la force ».

Alors on peut se poser la question de savoir : Peut-on très sérieusement compter uniquement sur la bonne foi des oppresseurs pour désarmer ? Question subsidiaire : peut-on faire une confiance aveugle aux oppresseurs ? Ce sont-là des questions sérieuses qui méritent des réponses sérieuses sans tomber dans le piège de la précipitation ni de la prévention.

Pour mettre fin à la violence illégitime dans notre pays, on ne peut faire l’économie de la violence légitime qui tient sa force de la légalité. La paix dont notre peuple a droit ne se décrète pas. Elle s’acquiert et se conquiert.

Que Dieu bénisse la République centrafricaine !

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