Centrafrique-Médias : Touadéra sur de mauvaises traces…

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Après un an au sommet de l’Etat, les relations se détériorent entre les médias centrafricains et le pouvoir de Bangui, dirigé par le Président Faustin Archange Touadéra.

L’on se rend compte de plus en plus que le pouvoir de Bangui a décidé de rompre ses relations avec les médias privés centrafricains. Sous d’autres cieux, les médias, publics comme privés, constituent un puissant levier pour le développement économique d’un pays.

En Centrafrique, les régimes en place ont tendance à considérer les médias privés d’opposants.

De Bozizé à Samba Panza en passant par Michel Djotodia, tous ou presque, ont laissé de mauvais souvenirs pour les médias centrafricains.

Souvenons nous de l’affaire des fonds des retraités centrafricains, utilisés à d’autres fins sous le régime de Bozizé et dont les journalistes Cyrus Emmanuel Sandy et Faustin Bambou ont payé le frais en faisant échos dans les colonnes de leur journal respectif.

Les deux professionnels de médias cités ci-haut ont passé plusieurs mois en prison, juste parce qu’ils ont choisi de dénoncer les mauvaises pratiques constatées dans l’usage des fonds publics sous le régime Bozizé.

Même si les médias centrafricains n’ont jamais bénéficié de subventions, et pourtant mentionnées dans la constitution du pays, ceux-ci ne cessent d’être traqués, menacés et même emprisonnés.

Sous le régime Djotodia, quelques aides ponctuelles ont été allouées à la presse nationale alors que son successeur Catherine Samba Panza a, malheureusement opté de gouverner sans l’appui des médias de son pays, qu’elle n’a cessé de traiter de tous les noms d’oiseau.

Comme cela ne suffisait pas, le régime Touadéra est allé au delà des attentes.

Le système dictatorial, conçu et développé sous François Bozizé est monté d’un cran avec Faustin Archange Touadéra.

L’on se souvient de son tête-à-tête avec la presse nationale au Palais de la Renaissance où chaque journaliste avait reçu une maudite somme de 5000 FCFA comme argent de transport, alors que les argentiers du régime et le Président lui-même dépensent des millions pour les médias étrangers qui affluent chaque jour au Palais de la Renaissance. Diantre !!!

Et le même jour, le président Touadéra avait promis un décaissement de plus de vingt millions de francs FCFA comme subvention à la presse nationale.

Malheureusement, cette somme d’argent va être distribuée seulement aux médias jugés proches du régime en place, excluant une bonne partie des organes de presse de la place.

Les lois organiques centrafricaines ont prévu une subvention de l’Etat de trente millions de FCFA (très insuffisants) aux médias centrafricains. Et en aucun moment, l’on a souligné au préalable des conditions pour bénéficier de cette subvention.

Le régime en place a jugé nécessaire de coopter les organes de presse afin de pouvoir fragiliser la presse centrafricaine.

Ce système, digne d’un autre âge, a depuis toujours et malheureusement marché en Centrafrique, au grand dame des autorités actuelles, qui ont parlé de la RUPTURE au début de leur mandat.

La récente élection du journaliste Cyrus Emmanuel Sandy, comme représentant de la presse privée au Haut conseil de la communication (HCC), et subitement écarté par le régime Touadéra par l’UJCA (union des journalistes centrafricains) interposée, vient encore de plus, enfoncer le clou.

Pourquoi le régime de Bangui veut coute que coute s’immiscer dans les affaires des journalistes, alors que M. Sandy était bel et bien élu par ses pairs pour les représenter au HCC ?

Pendant Les élections du 22 Mars dernier, tous les journalistes réunis dans la salle du centre jean XXIII avaient pourtant choisi un vote à un seul tour.

Nulle part, il était question d’un vote à deux tours, et d’une majorité absolue pour être élu.

L’assemblée réunion étant souveraine, les représentants de la presse privée avaient librement et démocratiquement fait leur choix.

C’est avec beaucoup d’amertume que l’opinion nationale et internationale a suivi la mise à l’écart du journaliste Sandy, et pourtant jugé capable et digne de défendre les droits des journalistes une fois au HCC.

En posant un tel acte, le régime de Bangui vient une fois de plus montrer son incapacité à respecter les principes de la démocratie.

Aujourd’hui, le décret entérinant la torpilleuse élection du « remplaçant » de Sandy au HCC pose problème. Pour cause, un huissier, dument mandaté le jour de la première élection a saisi la justice centrafricaine.

Le procès verbal de l’huissier étant au dessus de tout autre procès verbal, cela va créer des embuches aux manœuvres dilatoires du pouvoir et de tous les dirigeants de l’UJCA qui en veulent injustement à Cyrus Emmanuel Sandy.

Le régime de Bangui a tout intérêt à rétablir M. Sandy dans tous ses droits et laisser la presse centrafricaine faire son travail librement.

La presse centrafricaine n’est pas contre le pouvoir de Bangui, mais elle est un contre-pouvoir.

Nul n’a besoin de faire le droit pour comprendre cette petite nuance.

La RUPTURE n’est ni pour demain, ni pour le futur, la RUPTURE, c’est maintenant.

Chedly Joukov

 

 

 

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