Centrafrique : Parcours du jeune centrafricain Cédric Ouanekponé, lauréat du prix mondial de l’Humanisme de la jeunesse 2019

0
195

Cédric Patrick Le Grand Ouanekponé est né dans la nuit du 08 mars 1986 (journée internationale de la femme) à la maternité des Castors dans le troisième arrondissement de Bangui d’un Père  enseignant et d’une Mère ménagère.

Comme tous les enfants de son âge issus de milieux modestes, Cédric a grandi et a joué aux abords du cours d’eau Kokoro qui longe le plus grand marché de Bangui, le marché de PK5 considéré comme le poumon économique de la capitale centrafricaine ou vivaient paisiblement toutes les communautés notamment chrétiens et musulmans. Après le jardin d’enfants des sœurs de  Notre Dame des Chartres. Il fréquenta l’école Fatima garçon mixte 1.

Très brillant,  il a du passer avec succès son certificat d’étude primaire élémentaire (CEPE) un an avant ses collègues en tant que candidat libre malgré deux années blanches qui ont bouleversé le cycle académique. Il connaitra ses premiers sons de coup de feu à l’âge de 10 ans lorsque des mutineries ont éclaté dans la ville de Bangui en 1996. Comme ceux de sa génération il apprit à  « se plaquer au sol ou à s’adosser au mur »  pour éviter les balles perdues. Très actif dans l’action catholique des enfants dès ses 12 ans, il s’impliquera dans la naissance du programme  « Les Ambassadeurs de la paix »  qui avait permis aux enfants de sillonner les régions du pays pour sensibiliser les adultes à la paix.

Toutefois, il ne  restera pas dans ce programme, car en l’an 2000 il sera admis au  petit séminaire « Enfant Jésus » des Pères Carmes déchaux à Bouar (RCA) où il passera trois années intenses d’étude, de formation humaine et spirituelle. Son gout pour les sciences le poussera à quitter le séminaire après son brevet des collèges en 2003 pour le  Complexe Scolaire du Centre Protestant pour la Jeunesse  où il réussira brillamment à son Baccalauréat scientifique qui lui ouvre les portes de la médecine après sa réussite au très sélectif concours d’entrée.

Déjà en 2004 alors qu’il était encore au lycée, Cédric intègre le  Club RFI Bangui Fononon, une association des jeunes auditeurs de la Radio France Internationale qui fait la promotion de la jeunesse et de la culture dont il en devient le président de l’antenne de son école ensuite le tout jeune Secrétaire général puis le président de la coordination nationale. Sous sa présidence, le Club RFI Bangui Fononon a vu l’émergence de nombreux jeunes leaders car pour Cédric ce club devra être un laboratoire de formation humaine et de leadership pour les jeunes centrafricains. Lorsqu’il annonça son retrait de la présidence dudit club en 2015, la grande majorité des membres l’exhortaient à rester mais il répondit : « Une bougie ne dure éternellement que si elle sert à en allumer une autre ».

Il créera aussi en 2007 avec ses anciens collègues du Séminaire, l’Union des Anciens Séminaristes Carmes (UASCA) ayant pour but de réunir les Anciens séminaristes autours des défis sociaux et culturels auxquels fait face le pays car pour lui  « Des hommes et des femmes érudits ne suffisent pas pour développer un pays si ces derniers ne sont pas pénétrés de valeurs humaines profondes ».

Ses années d’études médicales seront donc rythmées d’engagements associatifs et sociaux intenses. Quand on lui posait la question de savoir comment il arrivait à joindre la médecine et la vie associative, il répondait avec son imperturbable sourire dont lui seul a le secret, que ses   « engagements sociaux et associatifs étaient une bouffée d’oxygène pour ses contraignantes mais passionnantes études médicales ». Il a même dû quitter le domicile familial pour se loger au campus universitaire de Bangui pendant 5 ans pour mieux appréhender la réalité de l’étudiant centrafricain et surtout pour mieux cumuler ses activités académiques, associatives et sociales. Il parlera d’une expérience exceptionnelle de sa vie car son humanisme a même contaminé ses colocataires et collègues du même bâtiment.

Alors qu’il s’apprêtait enfin à mettre un terme à ses études médicales et porter le titre de Docteur en médecine qu’il rêvait tant, s’éclate la pire crise militaro-politique de l’histoire de la République centrafricaine avec une tournure interconfessionnelle faisant des milliers de déplacés internes, de refugiers et de morts. Il se trouve lui-même déplacé sur le site de déplacés internes au Carmel de Bimbo où il transformera le réfectoire des prêtres en salle d’accouchement de fortune qui verra naitre une cinquantaine d’enfants dont quelques-uns ont dû porter son prénom par marque de reconnaissance de leurs parents. Il sillonnera les sites de déplacés encore inaccessibles aux ONGs dans les moments les plus critiques de la crise pour donner des soins et parfois accoucher des femmes sous des tentes juste avec une paire de gants, une lame rasoir et des fils à cheveux (comme en témoigne la photo).

Dans ce même cadre il a accompagné  l’ONG Internationale Cercle National de Réflexion sur la Jeunesse à donner des soins aux déplacés de la paroisse Notre Dame de Fatima ainsi qu’à la mosquée Ali BABORO en 2014 alors que l’insécurité était au paroxysme dans ces zones. Il reviendra souvent sur ses pas sur les sites de déplacés où il anime bénévolement avec ses amis les séances de thérapie par l’art aux enfants pour les aider à guérir des stigmates et traumatismes de la guerre, n’hésitant pas à jouer au sketch aux pièces théâtrales si nécessaire pour le grand plaisir des enfants.

Dès le début de la guerre, il a lancé une plate forme en ligne dénommée : « Sauvons la Centrafrique du chaos » avec son ami du lycée Baba Mahamat, avec qui ils s’appellent réciproquement « Plus que frère » pour sensibiliser à la paix et à désarmer les cœurs avec la forte conviction que la crise centrafricaine n’a rien de confessionnel. Blogueur au monde au Blog et à la voix des jeunes, Baba lui accordera beaucoup d’interviews pour interpeller sur la crise centrafricaine. Membre de la coordination des jeunes de sa paroisse, Cédric travaille avec sa coordination dans les temps forts de crise dans son pays en mettant en place des groupes d’écoute pour combattre les rumeurs et détourner les jeunes de la manipulation et de la violence. A ce titre, ils organiseront des fora et des formations humaines pour les jeunes qui ont fini par décider eux-mêmes de réaliser un film, « La Colombe », avec les moyens de bords pour sensibiliser à la paix et au vivre ensemble entre les différentes communautés.

Ce film dont Cédric en fut le réalisateur sera diffusés dans plusieurs sites de déplacés internes ainsi que dans des villes de la RCA suivi de débats. Il lancera avec ses amis le concept de « Noyaux de paix » qui sont des structures communautaires inclusives visant à désarmer les cœurs et à oser la paix dans les différents arrondissements de Bangui et certaines villes de la RCA. Il était sur tous les fronts.

 

Son altruisme, le caractère bénévole et désintéressé ainsi que son large sourire contagieux ont, à chaque fois, fait la différence et donné plus de crédibilité à ses actions. Ses engagements dans le social et la jeunesse sera récompensé par un stage de mois en Corée du Sud, offert par l’Archidiocèse de Bangui en 2015 et surtout sa sélection dans le prestigieux programme YALI (Young African Leadership Initiative) lancé par le président Barack Obama en faveur des jeunes leaders africains lui permettant de participer à des programmes d’échanges au Kenya (Kenyatta University), au Rwanda (connect camp par Ohio University) et aux Etats-Unis (Indiana University). Après ces programmes d’échanges internationaux il a implémenté localement les connaissances acquises en renforcant les capacités des jeunes de son pays à travers l’Association des ressortissants du Programme YALI dont il est l’un des grands artisans. Ils ont ainsi réalisé en 2017 le tout premier camp national d’autonomisation des jeunes qui a vu la participation effective des jeunes de toutes les 16 préfectures de la RCA, premier du genre dans le pays.

Par ailleurs, après sa brillante soutenance de thèse de Doctorat en médecine en 2015 (soit 9 ans d’étude au lieu de 7 ans à cause des 2 années de conflit militaro-politique en RCA) il a été intégré dans la fonction publique en 2017 avec pour premier poste la ville de Ndélé (bastion des rebelles de la Séléka), une ville dont l’Etat central n’a aucun contrôle.

Nonobstant le refus de ses proches et leurs multiples tentatives de dissuasion, le nouveau médecin chef de Ndélé a bien pris son poste. Pendant quelques mois, il a séduit cette ville par son travail et son attachement à la jeunesse qu’il n’a cessé d’encourager à réveiller le géant qui sommeille en elle. Ainsi, quand Dr Cédric n’est pas à l’hôpital on le retrouve au club d’Anglais, premier du genre, qu’il a crée dans cette ville avec de nouvelles méthodes didactiques mêlant danses, chants et débats. Cette aventure en « zone dangereuse » ne durera pas longtemps car l’Université Cheik Anta Diop de Dakar lui notifiera son admission en spécialisation médicale en Néphrologie.

Un choix qui surprendra plus d’un car Dr Cédric va renoncer à son traditionnel rêve de cardiologie pour la néphrologie mais pour ceux qui le connaissent bien, ils ne sont pas surpris car il a refusé d’accepter que la RCA soit presque le seul pays au monde où il n’existe pas un seul centre de dialyse alors que les besoins sont immenses. Comme il aime le dire, « Mon grand défaut est que j’aime beaucoup les défis », il a fait de la néphrologie en particulier et de l’accès aux soins de qualité en général un de ses grands défis.

A Bangui et particulièrement à Fatima où il réside, Cédric a influencé positivement beaucoup de jeunes qui s’identifient en lui et qui l’ont choisi pour mentor. Lorsqu’on lui demande pourquoi tu ne quittes pas Fatima alors que les armes y crépitent tout le temps ?

Il répond comme toujours en souriant : « Un leader, un vrai ne fuit jamais. Ma place est avec les jeunes pour les aider à multiplier les actes de bien tant que les ennemies de la paix continueront à exceller dans le mal. Après tout, je ne vaux pas mieux que les milliers de centrafricains qui sont tombés innocemment dans cette crise et si je dois tomber un de ces jours, ça doit pour le bien, la paix ».

Cédric Ouanekponé est donc un jeune venu de loin, des milieux modestes de Bangui, capitale d’un pays perdu au cœur de l’Afrique.

Il a connu très tôt le bruit des armes à l’âge de 10 ans et s’est vite engager pour la paix et la dignité de l’être humain.

Finalement, il reçoit le prix mondial de l’Humanisme de la jeunesse 2019.

Voir : Le Centrafricain Cédric Ouanekponé, recoit le prix mondial de l’Humanisme de la jeunesse 2019

LAISSER UN COMMENTAIRE